L’article XV de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen stipule que tout agent public doit rendre compte de sa gestion à ses mandants.

Après plus de trente années passées au service extérieur de mon pays, je crois donc qu’il est de mon devoir de partager quelques éléments de réflexion que mes activités et mon expérience ont pu me suggérer dans le domaine de la sécurité face à la violence politique et au terrorisme, essentiellement dans le monde arabe et islamique. Les idées exprimées sur ce site n'engagent évidemment que moi et en aucun cas mon ancienne administration ou tout autre organisme officiel français.

Au risque de décevoir certains, on ne trouvera ici ni secret ineffable ni révélation de noirs desseins ou de sombres complots. Je n’en ai rencontré que de très rares dans ma carrière et aucun n’avait d’importance méritant d’en faire mention. Plus que les explications conspiratives de l’Histoire, c’est notre méconnaissance des autres, de leur vécu, de leur passé, de leurs souffrances, de leur mémoire collective qui façonnent notre environnement sécuritaire et donnent corps aux menaces de violence.

Les notes réunies sur ce site sont extraites d’un ensemble rédigé au fil des vingt dernières années pour essayer de clarifier mes propres réflexions. Elles tentent d’éclairer quelques aspects de notre  environnement sécuritaire, notamment en ce qui concerne nos rapports avec le sud de la Méditerranée et le monde musulman. Je m’efforcerai de les compléter en fonction de l’actualité.

L’ensemble est pointilliste, partiel et n’a pas vocation à apporter des remèdes inédits aux menaces qui nous visent. Mon seul souhait est de contribuer modestement et sans complaisance à la compréhension mutuelle de deux mondes plus proches l’un de l’autre qu’ils ne le pensent et dont les rapports de violence réciproque plongent leurs racines dans l’ignorance, la peur et le mépris de l’autre. 

 

Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE

 

 

 

 ACCES AU CONTENU

 

 

Les textes listés dans les rubriques "Publications" et "Conférences" sont la reproduction d'articles publiés dans différentes revues et ouvrages ainsi que les verbatim de conférences publiques compilés depuis ue vingtaine d'années. Ils peuvent être consultés librement mais restent soumis à copyright et droits de l'auteur ou des éditeurs.

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RESEAUX SOCIAUX

 

À ceux qui sous couvert de l’anonymat des réseaux sociaux laissent entendre que je ferais commerce de mon expérience et de mes compétences professionnelles, je crois utile d’indiquer qu’en dehors des droits d’auteur de mes deux livres (dont une partie reversée à une oeuvre caritative) et de la prise en charge de mes frais de déplacement (quand nécessaire, sur pièces justificatives et au centime près) je n’ai jamais demandé ni reçu la moindre rémunération pour mes conférences, interventions diverses, interviews, préfaces et publications (pas même de « La Revue des Deux Mondes »….). Si connaissances et compétences il y a, elles ont été acquises aux frais du contribuable pendant mes études et ma vie de fonctionnaire. Je considère qu’il serait indigne de les faire payer deux fois.

 

Et pour compléter cette remarque à l’attention des amateurs de moteurs de recherche, je précise :

1/ que je n'ai rien à voir avec M. Alain Chouet, honorable détective privé exerçant à Paris (http://www.alainchouet.com) qui est victime d’une simple homonymie. Merci à ceux qui souhaitent me contacter de ne pas le déranger comme cela arrive trop souvent.

2/ que l’article qui m’est consacré dans Wikipedia, alimenté par une source manifestement hostile, est truffé d’inexactitudes, d’erreurs factuelles grossières et de commentaires subjectifs désobligeants dont chacun pourra juger.

 

PENSEE UNIQUE

 

À ceux, beaucoup plus nombreux et aussi peu courageux qui, sans m’avoir jamais rencontré, sans avoir jamais rien lu de ce que j’ai écrit, sans avoir jamais assisté à l’un de mes cours ou conférence, se répandent dans les cabinets ministériels, les salons parisiens et les médias pour exiger qu’on m’interdise toute apparition publique, toute expression radiophonique, télévisuelle ou éditoriale au prétexte que je serais un infréquentable réactionnaire islamophobe partisan des dictateurs et de « l’ancien monde » il me paraît nécessaire d’apporter les éclaircissements suivants :

 

1- Ce n’est pas parce qu’on se rebelle contre un autocrate ou un régime oppressif qu’on est nécessairement un démocrate respectueux de la liberté et des droits de l’homme. De Lénine à Khomeyni en passant par Castro, Boumedienne, Mugabe ou Pol Pot, les exemples abondent dans l’histoire contemporaine.

2 - Ce n’est pas parce qu’on s’interroge sur les objectifs, les moyens et les méthodes d’une rébellion contre un dictateur qu’on est partisan du dictateur.

3 -Enfin, ce n’est pas parce qu’éventuellement on analyse et on critique ces moyens et ces méthodes qu’on est un vilain fasciste.

 

En effet, je me suis fait traiter de fasciste parce que je ne partage pas le discours parisien dominant sur le problème des transitions du monde arabe et que j’ai eu l’imprudence d’affirmer en 2011 que ce n’est pas en plantant la tête de Kadhafi et de Bachar el-Assad au bout d’une pique qu’on instaurerait la démocratie, la liberté et le respect des droits de l'homme dans leurs pays respectifs.

Un plumitif d’un grand hebdo national m’a décrit alors comme l’un des chefs de (je cite) « la légion brune de Bachar el-Assad en France »…. Pas moins.

Ce n’est pas que ce soit faux qui me gêne. J’ai l’habitude. En 2002 j’étais selon Le Monde un sous marin du jospinisme chargé de déstabiliser le Président Chirac. En 2004, j’avais un compte chez Clearstream. En 2005, j’étais mis en cause en Italie pour complicité de dissimulation d’armes de destruction massive, en 2009, j’étais selon Marianne un visiteur du soir de Claude Guéant, en 2013 Jeune Afrique me présentait comme un proche collaborateur de Laurent Fabius…

 

Surtout, ces injures et oukases témoignent de l’ignorance pyramidale de leurs auteurs sur le sujet. Il y a vingt cinq ans, j’ai été le premier en France à essayer de prolonger les travaux de Michel Seurat sur ce qu’il appelait « l’Etat de barbarie ». Dans un très long article publié par la Documentation française (figurant sur ce site), j’ai décrit en détail les méthodes et les mécanismes par lesquels Hafez el-Assad s’était approprié entre 1970 et 1990 – par la duplicité et la violence - l’ensemble de l’appareil d’État syrien au profit de sa famille et de sa communauté. Ce texte reste encore aujourd’hui - en France comme à l’étranger - l’une des premières références universitaires sur le sujet.

 

Il y a en France trop peu d'experts des questions proche orientales. Gilles Kepel s'en désole à juste raison. Fabrice Balanche, éminent géographe spécialiste du Levant, professeur à l’Université de Lyon II a depuis repris le flambeau avec talent. Cela ne lui a pas porté chance. Parvenu à des conclusions similaires aux miennes il s’est vu progressivement interdit de parole un peu partout avant que l’Université ne lui supprime sa chaire sous un prétexte tellement fumeux que la justice administrative a ordonné sa réintégration deux ans plus tard. Deux années qu’il passées aux États-Unis, au Washington Institute qui avait repéré ses qualités d’information et d’analyse et les a mises à profit. Malgré cela, sa parole publique continue d'être ostracisée, comme l'avait été en son temps celle du regretté Antoine Sfeir, banni brutalement des medias pour les mêmes raisons. Fabrice Balanche entretient aujourd'hui un compte Facebook qui mérite d'être suivi avec attention.

 

Mon premier séjour dans le monde arabe date de1966. Hafez el Assad n'avait pas encore pris le pouvoir en Syrie ni Kadhafi en Libye. J'ai suivi les soubresauts de cette zone toute ma vie et je suis bien placé pour savoir que le régime syrien est un pouvoir autoritaire, brutal et fermé. Il correspond à l'impérieuse nécessité de la communauté alaouite du pays qui le contrôle depuis 1970 de se pémunir contre la fatwa d'Ibn Taymiyya, fondateur au XIVe siècle du courant salafo-wahhabite, qui  condamne cette minorité au génocide, qui a justifié son oppression pendant six siècles et qui n'a jamais été désavouée par les puissances sunnites. Nos élites politiques et intellectuelles se font un devoir de donner à la terre entière des leçons de démocratie, de bonne gouvernance et de respect des droits de l'homme. Ce serait respectable si cela impliquait aussi le respect du droit des minorités non arabes ou non musulmanes ( Juifs, Chrétiens, Druzes, Ismaéliens, Alaouites, Yézidis, Kurdes, etc.) à vivre dans la paix et la dignité en terre d'Islam et cela leur éviterait peut être de recourir à la violence pour tenter d'assurer ce droit.

 

 

 

 

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